« 1 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 318-319], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9551, page consultée le 01 mai 2026.
Aux Metz, jeudi soir, 1er ou 8 octobre 1835 ?1 7 h. 5 m.
Merci, mon Victor, merci, mon adoré, merci, merci. Tu m’as comblée, toi, ta lettre,
tes yeux, tes mots, tes baisers, ton âme, ton esprit. Tu m’as tout donné en un jour,
merci, merci. Si tu pouvais voir ma joie tu serais trop ravia et tu me remercieraisb à ton tour.
Je suis revenue
il y a à peu près un quart d’heure. J’ai rencontrécHyacinthe presque end te quittant. Elle était fort
troublée parce que Mme Lanvin, qui avait voulue venir au devant de
moi, s’était trompé de chemin qu’elle lui avait indiquéf. Enfin, nous sommes revenues en grande hâte et nous les avons
trouvés nous attendant. Ah ! j’oubliais de te dire qu’Hyacinthe avait apportég une lettre de Mlle Watteville et de Claire qui avait été adressée à Paris. Cette lettre
est bonne, à part les plaintes qu’on me fait de la conduite du père de cette pauvre
enfant.
Encore autre chose, on n’a pas pu trouver à coucher à Jouy, je vais donc
être obligée d’ôter un matelas de mon lit qu’on mettra en haut sur l’escalier du
grenier, quoiqu’il n’y ait aucun danger puisque je m’enferme chez moi. Mais cela me
contrarie parce que j’ai l’habitude de coucher seule sous mon toit, mais le moyen
de
faire autrement ?
Je t’ai bien longuement écrith de choses peu intéressantes tandis que j’ai le cœur plein d’amour
et l’esprit remplii de toi. Tu sais,
il y a des saisons pour le cœur comme pour la terre. Le germe de toutes choses est
dans ses entrailles comme le germe de mon bonheurj, l’amour dans le fond de mon cœur. Et puis il vient un
temps, un moment où tout cela sort de terre et du cœur minute par minute comme les
champignons que nous voyons. Aujourd’hui, tout mon amour est sorti en bonheur de mon
cœur. Je suis heureuse, je t’aime, je te baise, je te souhaite, je t’attends.
1 Juliette répondra le 8 octobre à Claire pour la remercier de sa « gentille petite lettre […] écrite à Paris. » (Paul Souchon, Claire Pradier et Victor Hugo, France illustration. Le Monde illustré. Supplément théâtral et littéraire, 11 février 1950, no 52, p. 7.) On peut donc hésiter sur la date de cette lettre, que le classement de la BnF inviterait à dater du 1er octobre, mais qui pourrait aussi dater du 8 octobre.
a « ravie ».
b « remercirais ».
c « j’ai rencontrée ».
d « presqu’en ».
e « voulue ».
f « indiquée ».
g « apportée ».
h « écris ».
i « remplie ».
j « de de mon bonheur ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
